mercredi 21 octobre 2020

Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse - Mathias Malzieu, Daria Nelson

Le dérèglement amoureux, première de couverture Ce livre est arrivé par surprise dans ma pile de lecture. Aussitôt reçu, assitôt lu... et aussitôt fini (30 minutes chrono). J'avais un biais positif sur Mathias Malzieu. Je reste sur ma faim. Trop peu de contenu, quelques belles pépites mais je trouve ça globalement light pour sortir un livre, même si c'est annoncé comme un recueil de "poèmes". Je pense que piocher dans les échanges que j'ai pu avoir avec avec mon copain pour en faire un recueil donnerait quelquechose de tout aussi qualitatif voire plus, et que nous pourrions être édités dans ce cas. J'imagine qu'un paquet de couples doivent se dire la même chose et que du coup la seule diff entre Mathias Malzieu feat Daria Nelson versus le reste du monde c'est que justement nous sommes "le reste du monde". Donc vraiment déçue au final, les pépites ne sont pas assez nombreuses et sublimes pour contrebalancer cette déception. On ne vend pas son nom, Mathias. Je pensais que tu valais mieux...

H2G2 - Douglas Adams

H2G2, première de couverture Je suis très contente d'avoir pu enfin lire ce bouquin, ayant adoré le film. Fidèle au film et même mieux (pleins d'infos complètes sur les lieux, les protagonistes etc..), j'aime beaucoup le style de l'auteur, un style très geek. Beaucoup de personnifications sophistiquées et surprenantes. Une fulgurance qui rythme bien ses écrits. Simplicité, logique, il va de l'original au totalement déplacé. J'ai adoré cette liberté qu'il prend de nous raconter des choses qui sortent de l'ordinaire, quelle imagination! Facteur d'improbabilité etc... un régal!
Citations
"...ses actes révélaient n'avoir en fin de compte jamais la moindre raison. Il avait élevé l'imprévisibilité au rang d'une oeuvre d'art. Il s'attaquait à toutes les choses de la vie avec un mélange d'extraordinaire génie et de naïve incompétence et bien souvent il était difficile de distinguer l'un de l'autre."
"- Terrien, votre discours s'avère parfois difficile à suivre. Rappelez-vous que je suis resté endormi cinq millions d'années durant à l'intérieur de cette planète et que je ne connais pas grand chose à ces sitcoms du début des années 60 auxquelles vous faites allusion."

"Et cinq cents femmes entièrement nues tombèrent du ciel en parachute. En quelques instants, la scène avait disparu, laissant place à une prairie printannière et pleine de vaches."

"- C'est cela même, dit Zaphod avec ce genre de sourire qui conduit en général à boucler les gens entre quatres murs capitonnés"

jeudi 13 août 2020

Ça raconte Sarah - Pauline Delabroy-Allard

Ça raconte Sarah, première de couverture ET BIM! Je me suis prise une grosse claque. Ce bouquin est touchant, grave. Une fois ouvert, je n'ai pas réussi à le refermer (ouf, il se lit vite!). Ça raconte Sarah, sa vie, son amour. Ca raconte l'amour passion qui te tombe dessus sans crier gare. Qui te dévore, qui te détruit, qui te rend fou·folle. C'est intense, violent, pour finir par du dense, du lourd, du malesant. Tu fermes le livre et tu te dis que ça peut arriver à n'importe qui. Même toi. Que tu pourrais finir comme ça. Que tu pourrais vivre ces choses, sans réaliser quel est le point où tout bascule. Autant dans la narration que si c'était une histoire vécue, je crois que personne ne saurait dire quand ça a basculé. Et c'en est douloureusement effrayant. Cela te met face à tes failles, dans ta vie, la vraie. Cela apporte de la tangibilité au danger. Je me suis reconnue dans les trois quarts du livre, alors je me sens bien en danger maintenant. Quelques jours à lire Flow et ça ira mieux ^^.
Citations
"Mais aimer c'est trahir. Aimer c'est trahir, et moi je ne peux pas faire ça. Je suis d'une loyauté à toute épreuve. Je ne sais pas comment te trahir, mon amour. Je ne pourrais pas aimer à nouveau, le sais tu? Je voudrais me souvenir toujours de cette seconde juste avant que je sache que tu existes."
"Elle ne me téléphone pas. Elle ne me court pas après dans la rue, dans les couloirs du métro. Elle ne m'écrit pas dans les jours qui suivent, elle demande qu'on aille au théâtre, voir la mer, visiter un jardin, boire un thé, manger japonais. Elle ne me demande pas de mes nouvelles, elle ne demande pas de nouvelles de l'enfant. Elle ne sait pas que mon corps entier me brûle, que ma tête est un brasier continu, que je n'ai jamais ressenti une douleur physique aussi sourde et aussi forte. Elle sort de ma tête comme elle y est rentrée, pleine d'allant. Victorieuse."

"Elle trouve toujours des solutions. Elle navigue sur la houle de la vie avec un entrain qui force l'admiration. La vie et le monde doivent tourner comme ça l'arrange, selon son désir tout puissant. Elle est vivante."


"Elle prend peur quand je rentre ivre, un soir [...]. Elle ne comprend pas que je suis à bout de forces de cette vie qu'elle me propose, de cette vie qui va trop vite et dans laquelle elle ne veut pas s'engouffrer tout à fait, de son instabilité, de son incertitude, de ses abandons et de ses caprices, de ses toquades de princesse."

Anges Déchus - Richard Morgan

Anges déchus, première de couverture Voilà la suite d'un roman qui m'avait fait beaucoup d'effet : Carbon modifié (ou altered carbon). On y retrouve Takeshi Kovaks, quelques notions du premier tome : vémer (VM = Vrai Mort), ré-envelopper... mais la magie n'opère plus. Certes, il y avait d'autres idées intéressantes par-ci, par-là. Mais l'aspect militaire de l'histoire m'a un peu rebutée et c'est sans compter les anecdotes empreintes de politique et de finances. Pas trop ma tasse de tisane. Donc oui, Takeshi est là. Oui, la plume de Richard Morgan est toujours aussi originalement vulgairement cash et c'est un plaisir, mais le cadre de l'évolution du personnage : le contexte, les personnages secondaires ne m'ont pas fait vibrer. Il se retrouve à enroler une équipe faussement militaire pour ouvrir une porte martienne (pourtant j'ai adoré stargate!!!) avec des embuches allant des petites magouilles financières à la mafia, au trafic d'influence, politique... bref des trucs que je vomis et qui auraient pu être largement remplacés par des embuches scientifiques plus originales. Mais bon, je vais pas refaire le livre. La relation avec Wardani et l'évolution de ce personnage secondaire n'est pas assez mise en avant à mon goût. Assez light niveau science fiction finalement d'après mon ressenti, ou peut-être correct-mais-trop-fade-après-le-tome1.
Citations
"- Tu pilotais quoi?
- Pff une chiotte suborbitale."

"Bien sûr que non. J'essaie juste de vous démontrer qu'il y a plus à découvrir ici que dans nos pauvres petites certitudes distillées par la science humaine."

"Écoute, avec des jambes comme les miennes, n'importe qui avec un codage génétique hétéro me courrait après."
"- Je pense que vous avez plus étiré votre permission que le cul d'une pute de bataillon, lieutenant."

"Wardani portait l'équivalent émotionnel d'un scaphandre de zéro atmosphère. C'était la seule réponse humaine quand les paramètres moraux de l'Environnement extérieur sont devenus si dangereusement variables que l'esprit ne peut plus y survivre sans protection. Ces derniers temps on appelait ça 'traumatisme de guerre'."

"J'ai secoué la tête, vidé mon verre. Il y avait quelque chose de triste à voir quelqu'un d'aussi jeune que Cruickshank prendre tous les mauvais tournants qu'on pouvait prendre à quelques décennies subjectives d'écart."

"Ils sont de bonne compagnie, mais aucun n'a la même joie de vivre brutale que la gamine des limons maniait comme une masse d'armes. Et bien sûr, aucune envie de coucher avec moi comme elle."

"C'est aussi une sorte de graffiti. Ca dit... Elle a secoué la tête.). Impossible de savoir ce que ça dit. Mais ça, euh, ça promet. L'illumination, une impression d'étenrité, rêver l'utilisation de ses ailes avant de pouvoir vraiment voler. Et aller chier avant de voler dans une zone peuplée."

"- Tu n'es pas Wycinsky, quand même?
Elle a ri brièvement.
- Non, non. J'ai travaillé avec lui sur Bradbury, et sur Nkrumah, mais j'ai la moitié de son âge. Pourquoi irais-tu imaginer cela?
- Je ne sais pas. Ca vient de me traverser l'esprit. Tu sais, cette virtualité cybersexe. Il y avait beaucoup de tendances masculines dans ce que tu faisais. Je me demandais, c'est tout... Qui sait mieux qu'un homme ce qui fera réagir un homme?"

mercredi 25 décembre 2019

Frappe toi le cœur - Amélie Nothomb

Frappe toi le cœur, première de couverture Marie est une jeune fille à qui tout réussi. Elle en devient même un peu agaçante. Elle tombe enceinte à 20 ans d'une petite fille prénommée Diane. A partir de là, tout le monde n'a d'yeux que pour Diane. Amélie Nothomb va explorer dans ce livre des situations de jalousie mère/fille. Marie aura deux autres enfants. Etant moi même mère et fille, les rapports mère/enfant du livre m'ont beaucoup intéressés, même s'ils sont poussés à l'extrême (donc peu crédibles à mon sens).
Citations
"Quel plaisir d'être cent fois respirée, mille fois convoitée, jamais butinée ! Il y avait une joie encore plus puissante : il s'agissait de susciter la jalousie des autres. Quand Marie voyait les filles avec cette envie douloureuse, elle jouissait de leur supllice au point d'en avoir la bouche sèche. Au delà même de cette volupté, ce que disaient ces yeux amers posés sur elle, c'était que l'histoire en cours était la sienne, c'était elle qu'on racontait, et les autres souffraient de se découvrir figurantes, invitées au festin pour en récolter les miettes, conviées au drame pour y mourir d'une balle perdue, c'est-à-dire d'une brûlure qui ne leur était pas destinée."
"L'enfer est pavé de bonnes intentions ; semblablement les intentions les plus mesquines peuvent être à l'origine de joies sincères."

"Diane cessa d'être un enfant à cet instant. Pour autant, elle ne devint ni une adulte ni une adolescente : elle avait 5 ans. Elle se transforma en une créature désenchantée dont l'obsession fut de ne pas sombrer dans le gouffre que cette situation avait creusé en elle."
"En une interrogation, il avait changé son destin, non seulement parce qu'elle avait décidé qu'elle vivrait, mais aussi parce qu'elle avait enfin un objectif : exercer la profession de cet homme. Elle serait médecin. En regardant et en écoutant les gens avec attention, elle sonderait leur corps et leur âme. Sans plus de bavardages que le docteur de la veille, elle mettrait le doigt sur la faille et sauverait des êtres humains. La fulgurance de son diagnostic surprendrait."

"Diane ressentit quelque-chose d'inconnu : son âme se dilata d'enthousiasme et d'admiration. [...] Diane restait ébahie face à des répliques de cette espèce. En effet, comment osait elle espérer l'amitié d'une personne aussi exceptionnelle d'esprit et d'audace? [...] Le dépit de ne pas plaire à Elisabeth donnait seulement envie de se battre pour la gagner à soi."

"La soirée se poursuivit sur ce ton. Quand Diane rentra chez elle, elle était dans un état second : jamais elle n'avait été a ce point enthousiasmée par quelqu'un. Que cette femme supérieure s’intéressât à elle et allât jusqu'à lui laisser croire qu'elle pouvait l'enrichir la bouleversait. [...] Diane brûlait de la questionner sur sa vie. Le sentiment de son indiscrétion l'en empêchait. Tour ce qui concernait Olivia lui paraissait prodigieux."

samedi 31 août 2019

Bye Bye Blondie - Virginie Despente

Bye Bye Blondie, première de couverture Après la lecture de la trilogie Vernon Subutex, je n'ai pas hésité une seule seconde quand j'ai vu un livre de Virginie Despente dans les rayons de ma médiathèque. J'ai adoré retrouver son style bourrin, vulgaire... mais si pertinent! Ses anti-héros attachants. Ici, Gloria a été internée dans un HP étant ado. Elle y a rencontré Eric. Ils sont tombés amoureux. Mais cette relation s'est arrêtée à leur sortie de l'HP. De nombreuses années plus tard, Gloria est pilier de comptoir dans son bar de quartier. Eric, présentateur d'émissions à succès à la télé. Tout les sépare mais vont ils se retrouver? Seront ils fait l'un pour l'autre? (haha je me fais plaisir sur le teasing téléphoné!). J'ai dévoré et adoré ce livre. J'adore Virginie Despente. J'ai trouvé que justement elle n'était pas tombé dans le piège de la relation téléphonée, qu'elle sait intercaler dans ses scènes des critiques saillantes sur la société. Elle me fait réfléchir. Et certaines de ses phrases me subjuguent par leur justesse.
Citations
"Cependant, régulièrement, il faut s'aventurer dehors. Alors la peur revient, roues métalliques tranchantes qui jonchent tous les parcours et travaillent dans la chair, pour attaquer les os. Dans les couloirs du métro, c'est joyeux comme un vestibule d'abattoir. Découragement, inquiétude et misère, ça se lit sur les visages, une masse immonde et noire qui recouvrirait tout. Qui éteint les regards, remplit les bouches que ça tire vers le bas. Cendres et rancœurs, braises travaillées par les charognards, bouches de mort excitées par les odeurs de la peur."
"Alors comme ça, accepter d’être une femme, c’était prendre des coups sans vouloir les rendre. OK, connard, bien entendu."

Elle s'est sentie méchamment bête, une connasse de l'enfer. D'avoir attendu avec toute cette confiance. De s'être sentie aussi bien avec lui. D'y avoir cru, ne serait-ce qu'une seule seconde, imaginé que ça pouvait lui arriver, un joli truc, lumineux et pas compliqué. "Pauvre connasse", se répétait-elle, "ça t'apprendra à vivre, pauvre pute imbécile"
"Elle l'attend devant chez Ladurée, pendant qu'il se fade des heures de queue. Elle allume une clope et fait des réflexions à voix haute: - Ca, bande de connards, quand il faut attendre cinq minutes à la poste, là on vous entend, tous... mais à cinquante euros la boîte de gâteaux, là trente minutes de queue sans l'ouvrir... Vous êtes d'une bêtise intolérable... vous êtes des pauvres, dans l'âme, vous êtes des connards de pauvres, entendu?"

mardi 14 mai 2019

1Q84, Livres 2 et 3 - Haruki Murakami

1Q84, Livres 2 et 3, première de couverture Bon, je n'avais pas été transcendée par le livre 1. Et bien j'ai eu raison de persévérer car la suite est fantastique. Ça reste toujours un peu lent, mais finalement, quand c'est un délice c'est cool que ce soit lent. Au troisième tome, un nouveau personnage fait son entrée en mode narration. J'étais un peu déçue qu'il prenne autant de place car je le trouvais beaucoup moins intéressant que les deux autres. L'ensemble reste fantastique, poétique, romantique, avec du suspens. Un bon équilibre. J'ai adoré les deux derniers chapitres, même si je reste carrément sur ma faim quant au dénouement et questions que je me pose encore sur beaucoup de personnages.
Citations
Et tout son épiderme exhalait une odeur merveilleuse. Le parfum d'une vie particulière, dont la chair n'était encore qu'en formation. Celui des fleurs en plein été, couvertes de la rosée matinale.
[sur la mort] comment dire, cela m'a fait penser à la feuille d'un arbre qui tombe d'elle même, à la fin de l'automne, un jour où il n'y a pas de vent. Mais si par miracle nous nous rencontrions, que le destin faisait que nous nous reconnaissions, alors je me confierais totalement, je lui ouvrirais mon cœur. Nous irions dans un café des environs, nous nous assiérons face à face et nous boirions quelque chose. Il avait tant de choses à lui raconter. Il lui dirait par exemple "Je me rappelle bien que tu m'as serré la main dans la salle de classe de l'école. Après j'aurais voulu que nous soyons amis. J'aurais voulu savoir plein de choses sur toi. Mais je n'ai rien fait. Il y avait à cela différentes raisons. Mais le problème principal, c'est que j'étais peureux. Je l'ai toujours regretté. Encore aujourd'hui, je le regrette. Et puis, j'ai tellement pensé à toi." Bien sûr, il ne lui dirait pas qu'il s'était masturbé avec son image dans la tête. Cette sincérité relevait d'un autre ordre. Puis Fukaéri se pencha lentement en avant, elle approcha son visage du sien, et embrassa Tengo sur la bouche. Sa bouche demi ouverte s'ouvrit en grand, elle fit entrer dans celle de Tengo sa langue souple. Une langue qui sentait bon. Sa langue cherchait obstinément le code secret qui y était inscrit en mots qui n'étaient pas des mots. La langue de Tengo réagit inconsciemment à ses mouvements. Un peu comme deux jeunes serpents tout juste sortis de leur hibernation, entrelacés dans une prairie de printemps, qui flairent leurs odeurs et se perdent voracement l'un dans l'autre. Mais, finalement, j'ai compris. Aomamé n'est pas un concept, ni un symbole, ni un exemple. C'est une femme réelle. Elle a un corps, de la chaleur, une âme qui vit, qui bouge. Et cette chaleur et ce mouvement, je ne devais pas les perdre. Il m'a fallu vingt ans pour comprendre une chose aussi évidente. Je suis sans doute quelqu'un qui a besoin de beaucoup de temps pour réfléchir, mais là, j'ai dépassé les bornes. Peut être est-il trop tard. Malgré tout, je veux absolument la retrouver. [...] Tengo ordonna ses pensées. Puis il dit: "J'ai sans doute fait un long détour. Cette jeune fille, qui s'appelle Aomamé - comment dire -, a été pendant très longtemps, de manière constante, le centre de mes pensées. Elle a fait fonction pour moi de centre de gravité. Comme un poids vital, essentiel. Et pourtant je n'ai pas été en mesure de le comprendre. Peut être justement parce qu'elle était trop centrale". Je ne dois pas avoir trop d'attentes, se répétait Aomamé. Je ne dois pas avoir trop d'espoirs. Le Kawana qui habite là bas, c'est peut être Tengo, oui. Mais peut être pas. Dès que l'espérance se lève, le cœur se met en mouvement. Et quand les espoirs ont été trahis, vient le découragement. Le découragement appelle l'impuissance. On baisse sa garde par imprudence. Là réside pour moi maintenant le plus grand péril. J'ai l'impression que ce qui existe entre Tengo Kawana et vous, c'est un lien indissoluble. - Un lien plus fort que tout au monde, répondit Aomamé. Quel que soit le monde, corrigea-t-elle intérieurement. Quelle serait la bonne entrée en la matière quand ils se retrouveraient soudain tous les deux, sans ce genre de préambule? Aomamé n'en avait pas idée. A l'imaginer sa respiration s'emballait, sa tête s'embrumait. Ils auraient trop à se dire. Et en même temps, il n'y avait rien qui devait absolument être dit. Les choses dont elle aimerait le plus parler perdraient leur sens dès qu'elle les aurait mis en mots. Peu importe la date à laquelle je vis aujourd’hui, peu importe le lieu où je me trouve ici. Ça n’a aucun rapport avec le fait que j’ai envie de le voir. Envie de le voir à en mourir. Il me semble que c’est la seule certitude que j’aie. La seule chose que je pourrais affirmer sans l’ombre d’un doute. [...] je fais équipe avec Tengo pour ce nouveau récit. Nos deux volontés - ou un courant de fond en deça de nos volontés - ne font plus qu'un, elles lancent cette nouvelle histoire complexe, elles la propulsent en avant. Cela se joue sans doute à un niveau très profond, invisible. Ainsi, même en n'étant pas ensemble physiquement, nous sommes connectés, nous ne sommes qu'un. Nous créons un récit, lequel en même temps, nous met en mouvement.